Je n'ai jamais aimé courir.
Ado, je vivais près de la mer. Mes activités ? Surf, plongée, voile... Courir, c'était naze.
Et puis la vie a fait que je me suis retrouvé sur Paris. La mer était loin. Le besoin d'activité était toujours là, et les finances ne favorisaient pas les retours hebdomadaires pour assouvir ses passions...
Pourquoi pas courir ?
2 chaussures, un short, un tee-shirt. Pas cher...
Je roule le short dans une chaussure, le tee-shirt dans l'autre, et je peux faire ça n'importe où, même en déplacement...
C'est pas très excitant, mais ça me maintiendra un minimum...
Et je m'y suis mis. Laborieusement.
Ayant de la famille dans le médical, j'en ai parlé, et on m'a envoyé voir le copain cardiologue, spécialiste du sport, et marathonien. Le résultat de l'épreuve d'effort sur tapis a été accompagné de conseils, de plages de fréquence cardiaque précises.
Il a donc fallu acheter un cardio, et ça, ça fait mal : ralentir ! Le cardio m'a essentiellement servi à savoir quand j'allais trop vite... Qu'est-ce que c'est frustrant...
Mais au fil du temps, tout ça a fait son oeuvre. Et du c'est naze, je suis passé à 4 sorties hebdomadaires : 2 fois 1 heure d'endurance, 1 heure de résistance douce, et une sortie de 2 heures à 2h30 le week-end. Le tout pour un total hebdomadaire d'environ 5 à 6 heures, et près de 60 km. Et même sur la sortie longue, pas envie de s'arrêter.
J'avais parfois une douleur à un genou. Ca commençait à devenir vraiment douloureux, alors je suis allé voir un podologue sportif (lui aussi marathonien et participant à l'organisation d'un célèbre marathon national).
Verdict : malgré l'usure régulière de mes semelles, je n'étais pas universel, mais pronateur (le film de mes pieds courants sur le tapis est édifiant).
Prescriptions de nouvelles chaussures, mais trop tard. J'aurai peut-être dû arrêter un peu, au lieu de vouloir absolument essayer ces chaussures. Toujours est-il que la douleur a commencé à me faire diminuer la durée de mes sortie, pour petit à petit arrêter temporairement.
Là, la vie en a ajouté une couche : changement de boulot, famille qui s'agrandit, et de moins en moins de temps pour moi.
J'ai ajouté une couche de connerie aussi : j'ai repris la cigarette.
Quelques années ont passé...
Il y a quelques temps, mon aîné a fait une endurance à l'école : 6 mn (il est petit encore). Et il en a beaucoup parlé, ça lui a beaucoup plu.
Le dimanche suivant, après avoir joué dans sa chambre :
Papa ! On peut regarder un dessin animé ?
Non ! Il fait un temps magnifique, allez jouer dehors.
Mais Papa Heu !!!
Non !
...[insistance]...
Et tout à coup, le tilt dans ma tête :
La course d'endurance à l'école, ça t'a plu ?
Oui
Et si on allait courir ?
Mais, je suis en pyjama
Et alors ? Tu mets un short et un tee-shirt et on est partis
Mais t'es pas habillé
Et alors ? Je mets un short et un tee-shirt et on est partis
1/4 d'heure plus tard, on était sur la piste cyclable ensembles. 10 mn ou 1/4 d'heure (je n'ai pas chronométré), un gamin emballé, et un père qui se prend à retrouver la forme.
J'ai donc racheté cardio et chaussures, et j'ai repris.
C'est dur... Pas de courir; j'ai plutôt la forme, pas de surpoids... Non, ce qui est dur, c'est de courir aussi lentement, voire de marcher pour laisser la fréquence cardiaque retomber. C'est dur de se dire que sa vitesse moyenne est la moitié de ce que je faisais avant.
En même temps, je sais que si je ne veux pas me casser, il faut y aller doucement. Me forcer à sortir régulièrement, pas trop longtemps au début, me fier à cet appareil qui bipe trop souvent, et être patient.
Je cours donc tous les 2 ou 3 jours. 1/2 heures à 3/4 d'heure. Le week-end, j'essaie de tendre vers l'heure pleine.
Aucune difficulté, ni de souffle ni de douleur articulaire ou musculaire. C'est le coeur qui a besoin d'un coup de main. Alors j'y vais doucement.
Et j'y prend quand même du plaisir. Le week-end en particulier, lors de cette sortie longue, c'est vraiment à regret que je rentre.
Courir, c'est pour les nazes !
Je suis donc redevenu naze avec un grand plaisir. ;-)
Pourquoi ce billet ?
Pour inciter ceux qui hésitent. Pour leur dire que ça n'est pas toujours facile, qu'il faut être patient, qu'il ne faut pas faire n'importe comment, qu'il faut se renseigner auprès de vrais professionnel, surtout d'un point de vue médical.
Pour leur dire qu'il y a de la progression, à condition de ne pas brûler les étapes.
Pour dire que c'est à la portée de tous, à condition de le faire sous contrôle médical si vous êtes âgé ou que votre passé est chargé, et à condition de le faire à votre niveau.
Pour dire qu'il est facile de se fixer des objectifs réalisables.
Pour dire qu'il faut le faire pour vous, selon vos capacités, votre forme. Essayez de courir seul; l'autre va toujours trop vite ou trop lentement.
Je ne vous donnerai pas de truc, de méthode, de plan d'entraînement, ou de conseils de matériel : il y a des gens plus compétent pour ça. Et puis ce qui fonctionne pour moi n'est peut-être pas vrai pour vous.
Mais surtout, allez-y ! Le seul truc, c'est de s'y mettre : il y a du plaisir au bout, et assez rapidement.
Bon courage !